Du 22 au 26 septembre 2025, l’équipe du projet FiSeLAE, en partenariat avec l’ANaF-Bénin et ses collaborateurs techniques, a conduit une mission de suivi et de capitalisation sur le terrain. Pendant cinq jours, la délégation a sillonné plusieurs communes d’intervention — Tchaourou, N’Dali, Savè et Djidja — pour visiter les Champs Écoles Paysans (CEP) et les parcelles de multiplication des semences installées au titre de la campagne agricole 2025.
Cette mission n’était pas seulement pour le suivi, mais un véritable moment de dialogue entre les producteurs, les productrices, les encadreurs et les chercheurs. Elle a permis de constater les réalisations concrètes, de valoriser les résultats, d’écouter les défis rencontrés et de tracer ensemble des perspectives.
FiSeLAE, un projet au cœur de la transition agroécologique
Le Projet d’Appui aux filières et semences de légumineuses pour la transition agroécologique (FiSeLAE) est financé par le Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement (CIRAD). Sa vision est claire : bâtir un système semencier durable et efficace, capable d’accompagner les communautés rurales dans leur quête de sécurité alimentaire et de résilience face aux changements climatiques.
Plus concrètement, FiSeLAE poursuit deux grands objectifs :
- Promouvoir des pratiques agroécologiques innovantes à travers les Champs Écoles Paysans (CEP), véritables espaces d’apprentissage collectif où les producteurs testent, observent et adoptent de nouvelles techniques culturales.
- Renforcer la disponibilité et l’accessibilité des semences locales de qualité, en multipliant les variétés de légumineuses adaptées aux contextes agro-climatiques du Bénin.
Ces légumineuses – soja, niébé, mucuna, stylosanthès, pois mungo, pois d’angole – sont bien plus que des cultures de rente ou vivrières. Elles constituent un levier de durabilité agricole : elles fixent l’azote dans le sol, réduisent la dépendance aux engrais chimiques, enrichissent l’alimentation en protéines végétales et offrent des opportunités économiques, en particulier pour les femmes agricultrices.
Étapes de la mission
Tchaourou : les semences comme patrimoine communautaire
La mission a débuté à Tchaourou, avec la visite des parcelles communautaires de multiplication des semences. Ces parcelles sont gérées collectivement par les groupements de femmes et de producteurs et productrices accompagnés par l’ANaF-Bénin.
Les échanges avec les bénéficiaires ont montré une forte appropriation de la démarche. Pour ces communautés, produire leurs propres semences n’est pas seulement un gage d’autonomie, c’est aussi une manière de préserver la biodiversité locale et de garantir la continuité de leurs activités agricoles.
N’Dali : le soja et le stylosanthès, deux cultures stratégiques
La mission s’est poursuivie à N’Dali, où deux CEP ont été visités: celui du soja et celui du stylosanthès.
- Le soja est une culture phare pour la nutrition et l’économie locale. Riche en protéines, il entre dans l’alimentation humaine et animale, et constitue une filière porteuse pour les femmes qui s’organisent de plus en plus autour de sa transformation.
- Le stylosanthès, quant à lui, est une légumineuse fourragère précieuse pour l’élevage. Il contribue à améliorer l’alimentation du bétail et joue un rôle important dans la fertilité des sols.
Ces deux expériences démontrent que l’agroécologie ne se limite pas à la protection de l’environnement, mais s’inscrit aussi dans une logique de sécurité alimentaire intégrée : nourrir les hommes, les femmes, et les animaux tout en régénérant les sols.
Tchaourou et Savè : le niébé au centre des attentions
Le niébé est l’une des légumineuses les plus cultivées et consommées au Bénin. La mission lui a accordé une place particulière.
- À Tchaourou, un CEP a été consacré au niébé avec l’installation de quatre variétés différentes. Ces essais permettront d’évaluer la productivité, la résistance aux maladies et l’adaptation aux conditions locales de chacune d’elles.
- À Savè, l’INRAB a présenté son site d’expérimentation et de conservation des semences locales de niébé. Ce travail scientifique et technique est essentiel pour maintenir la diversité génétique, préserver le patrimoine agricole et fournir aux producteurs des solutions adaptées face aux aléas climatiques.
Les participants ont souligné que la valorisation du niébé est une priorité : cette légumineuse riche en protéines contribue directement à l’amélioration de la nutrition des ménages, en particulier des enfants et des femmes.
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Djidja : le pois d’angole, une légumineuse résiliente
La mission s’est achevée à Djidja, avec la visite d’un CEP consacré au Cajanus Cajan (Pois d’angole).
Cette plante illustre parfaitement la logique de résilience recherchée par FiSeLAE. Elle présente de nombreux avantages :
- elle est très riche en protéines et constitue une base nutritive essentielle ;
- elle améliore la fertilité des sols en fixant l’azote atmosphérique ;
- elle résiste mieux aux sécheresses et aux conditions climatiques difficiles.
Pour les communautés rurales, le pois d’angole représente donc à la fois un aliment de qualité, une source de revenus et un allié dans l’adaptation aux changements climatiques.
La journée s’est conclue par une séance plénière avec l’équipe de l’ANaF-Bénin, où les constats de terrain ont été partagés et des recommandations formulées pour améliorer l’efficacité du projet.
Des acquis encourageants pour la sécurité alimentaire
Au terme de cette mission, plusieurs acquis majeurs ont été mis en lumière :
- la bonne installation et le suivi efficace des CEP dans les communes ;
- l’implication active des femmes agricultrices, qui se positionnent comme de véritables actrices de la production semencière ;
- la collaboration fructueuse avec les chercheurs de l’INRAB pour allier savoirs locaux et innovations scientifiques ;
- et la valorisation des légumineuses comme pilier de la nutrition, de la fertilité des sols et du développement économique local.
Ces résultats démontrent que le projet FiSeLAE répond à une double nécessité : renforcer l’autonomie des communautés rurales tout en posant les bases d’une transition agroécologique durable.
FiSeLAE, un catalyseur de changement
La mission de suivi et de capitalisation du projet FiSeLAE a montré que la voie empruntée est la bonne. Les expériences de terrain confirment la pertinence de la stratégie : associer formation, expérimentation, production locale de semences et partenariats avec la recherche.
En s’appuyant sur les femmes agricultrices, les groupements paysans et les institutions techniques, FiSeLAE contribue à bâtir un système semencier solide qui soutiendra la sécurité alimentaire, la nutrition et la résilience climatique du Bénin.
L’ANaF-Bénin et ses partenaires réaffirment ainsi leur engagement : continuer à investir dans les légumineuses, ces “plantes de l’avenir”, pour que chaque semence plantée aujourd’hui soit une promesse de durabilité et de prospérité demain.