Renforcement des groupements féminins dans la multiplication des semences de légumineuses : un levier pour la souveraineté semencière et la transition agroécologique

Docteure Lalaïna,coordinatrice du projet FiSeLAE/Cirad

Face aux défis croissants de sécurité alimentaire, de variabilité climatique et de dégradation des sols, la multiplication locale de semences de qualité constitue un pilier essentiel pour la résilience des systèmes agricoles. Au Bénin, les légumineuses occupent une place stratégique tant pour l’alimentation que pour l’amélioration de la fertilité des sols. C’est dans ce contexte que l’Association Nationale des Femmes Agricultrices du Bénin (ANaF‑BENIN), avec l’appui du Projet FiSeLAE et de partenaires techniques tels que la DPV, l’INRAB et le CIRAD, a organisé les 29 et 30 janvier 2026 à Dassa une formation dédiée aux groupements féminins engagés dans la production semencière.

Cette initiative vise à structurer et professionnaliser l’implication des femmes rurales dans la filière semencière, tout en renforçant leur rôle dans la transition agroécologique en cours dans plusieurs communes du pays.

Rôle des légumineuses dans les systèmes de production durable

Les légumineuses telles que le niébé, mucuna, pois mungo, pois d’angole, Doyi, faux cassoulet, etc. sont des cultures clés pour les exploitations familiales. Elles présentent plusieurs atouts :

  • l’amélioration de la fertilité des sols grâce à la fixation biologique de l’azote ;
  • la diversification alimentaire et nutritionnelle des ménages ruraux ;
  • la résilience des systèmes agricoles face aux aléas climatiques ;
  • la génération de revenus pour les exploitations familiales, notamment féminines.

La disponibilité de semences de qualité, adaptées aux conditions agroécologiques locales, est une condition essentielle pour maximiser ces bénéfices. La multiplication semencière locale apparaît ainsi comme un levier stratégique de souveraineté alimentaire et de durabilité.

Groupements féminins : actrices clés et justification de la formation

La formation a réuni lesparticipant·e·s, majoritairement des productrices issues de cinq communes (N’Dali, Tchaourou, Savalou, Glazoué et Djidja), ainsi que des technicien·ne·s et superviseur·e·s de l’ANaF-BENIN.

Les groupements féminins jouent déjà un rôle central dans la production agricole et la transformation des légumineuses. Toutefois, leur implication dans la production de semences reste limitée par plusieurs facteurs : faible accès à la terre, faible maîtrise des normes semencières, manque de petits équipements adaptés et non structuration du marché semencier des légumineuses

La formation visait donc à formaliser et professionnaliser leur engagement dans la multiplication des semences, tout en intégrant une approche sensible au genre, reconnaissant les femmes comme actrices stratégiques du système semencier.

Dispositifs techniques de multiplication des semences de légumineuses

Les dispositifs techniques abordés au cours de la formation ont couvert l’ensemble de la chaîne de production semencière à savoir : choix variétal, itinéraires techniques, isolement des parcelles, contrôle qualité et conservation et Récolte, tri et conservation. Ces dispositifs constituent le socle indispensable pour professionnaliser la multiplication de semences par les groupements féminins.

Application sur l'opération de tri des semences
Quelques semences de légumineuses de l'INRAB

Approche pédagogique et méthodologique de la formation

La formation s’est appuyée sur une approche participative et inclusive, favorisant l’expression des savoirs locaux et l’apprentissage par la pratique.

La première journée a été consacrée à :

  • la collecte des attentes ;
  • un diagnostic participatif par zones géographiques ;
  • l’identification des contraintes et opportunités liées à la production semencière.

Les échanges ont mis en évidence des défis majeurs : pression des ravageurs, aléas climatiques, accès à la terre et aux équipements, mais aussi un fort potentiel d’engagement des femmes.

La deuxième journée a porté sur l’opérationnalisation des acquis, avec des travaux de groupe autour de :

  • la priorisation des espèces de légumineuses selon le marché ;
  • la formalisation et la certification des semences ;
  • l’élaboration de solutions face aux défis techniques et organisationnels.

Les restitutions en plénière ont permis de co-construire une feuille de route commune.

Résultats attendus et impacts socio-économiques et environnementaux

À l’issue de la formation, plusieurs résultats structurants ont été enregistrés :

  • un renforcement significatif des compétences techniques des productrices ;
  • une meilleure compréhension du cadre réglementaire semencier national ;
  • l’élaboration d’une feuille de route pour la formalisation des dispositifs semenciers des participants.

À moyen et long terme, ces acquis devraient contribuer à :

  • l’amélioration de la disponibilité de semences de qualité ;
  • l’augmentation des revenus des coopératives rurales ;
  • le renforcement de la résilience climatique des systèmes agricoles ;
  • la reconnaissance des femmes comme actrices majeures de la souveraineté semencière.
Photo de famille des participant.e.s de la formation

La formation des groupements féminins sur les dispositifs de multiplication des semences de légumineuses constitue une étape déterminante vers la structuration d’un système semencier inclusif, durable et résilient au Bénin.

En investissant dans le renforcement des capacités des femmes rurales, l’ANaF-BENIN et ses partenaires contribuent non seulement à la sécurité alimentaire nationale, mais aussi à l’autonomisation économique des femmes et à la transition agroécologique.

Les perspectives portent désormais sur l’accompagnement post-formation, la mise en œuvre effective des feuilles de route et l’intégration progressive des groupements féminins dans les circuits formels de production et de commercialisation des semences.